Hot Memories
dimanche, janvier 22, 2006
 
Hot Memories a déménagé!

Nouvelle adresse de Hot Memories

Désormais il se trouve avec les blogs du journal Le Monde
 
lundi, août 15, 2005
  2
Ma mémoire commence avant ma naissance. Je ressens encore aujourd'hui la sensation de trou d’air de l'avion qui ramenait ma mère de sa longue et triste lune de miel au cours de laquelle j'ai été conçue. Une lune de miel comme cela, on en trouve seulement dans les pièces d'Albee ou de Tennessee Williams. Ce qui ne m’étonne pas trop car j'ai l'intime conviction que, amoureux comme il l’était de la littérature américaine, mon père a fait de sa vie un roman. Le problème c'est que le personnage choisi pour figurer la victime a été ma mère. Et en conséquence, nous, ses deux enfants.

Louis Adams est né dans une famille juive d’origine austro-hongroise qui, comme tant d’autres, immigra après la Première Guerre mondiale aux Etats-Unis et s’installa dans le quartier de Brooklyn à New York. Je sais peu de choses concernant ma famille paternelle si ce n’est que mon oncle Jonathan, aujourd'hui décédé, était un médecin biologiste de renom, PhD, professeur de Génétique Moléculaire et de Pédiatrie au Albert Einstein College of Medicine, Editeur-en-chef d’une importante revue scientifique et fondateur de la Société internationale de Cytogénétique et Génome. Ma tante est psychanalyste et je pense qu’elle est toujours vivante. Louis Adams, mon père, a fait des études de Lettres et, lorsque débuta la Seconde Guerre mondiale, il fut appelé, comme des milliers d’autres jeunes hommes, à servir sous les drapeaux. Comme officier Major (commandant en chef) sous les ordres directs du Général Eisenhower, entre autres exploits, il débarqua en Normandie, fut blessé, traversa la France en direction de la Bavière, périple au cours duquel il tua de nombreux Allemands. Finalement, ayant fait fusiller le général qui tenait la place de Garmisch-Partenkirchen, il devint lui-même gouverneur de cette région militaire.

Mon père, juif, fut donc gouverneur militaire de la Bavière avant de rentrer à Brooklyn avec un tableau, un chien et une malle que j’ai connus. Le tableau le représentait en gouverneur militaire : il s’était fait peindre sur le portrait même de l’officier nazi qu’il avait arrêté et fait fusillé (au dos de la toile on pouvait encore voir une croix gammée). Dans cette peinture qui imitait la peinture académique allemande du 19ème siècle, Louis Adams était habillé avec son uniforme de major et tenait son fusil avec cette expression bonapartiste qui nous était si familiale. En fin de compte, par les photos que j’ai vues et par ce qui nous est raconté jusqu’à aujourd’hui par quelques amis de la famille comme le fameux éditeur, écrivain et théâtrologue Isaac Gainsborough, mon père, physiquement, était un mixte de Napoléon Bonaparte, Orson Welles et Marlon Brando. Et, en plus, son corps avantageux exhibait, non pas un tatouage, mais les cicatrices de la grenade qui avait éclaté dans son dos. Je ne suis pas surprise que ma mère, Gica, à 18 ans, soit tombée éperdument amoureuse de lui.

Au-delà du tableau, le chien et la malle sont également remarquables. La malle contenait les armes à feu, épées, poignards de tous les soldats et officiers que Louis Adams avait tués. Le chien, un berger allemand qui s’appelait Wotan - le nom du dieu nordique dont Wagner fit le protagoniste de La Walkyrie - fut le compagnon adoré de ma petite enfance. Moi, petite fille juive, tout en vivant entre deux familles rescapées de la Shoa – dont une se vouait à une collection d’art, à la création et à l’intellect – j’ai eu comme animal de compagnie un chien allemand au nom wagnérien qui avait appartenu à un général nazi tué par mon propre père en Bavière. Et tout cela, au Brésil.

Ainsi comprendrez-vous que tout ce j’allais vivre par la suite ne pouvait pas être banal. Et ne le fut pas. C’est la raison d’être de ces mémoires.
 
dimanche, août 14, 2005
  1
Sans laisser aucune trace, mon père nous a abandonnés, mon frère et moi, quand nous avions respectivement 10 et 13 ans. Terence a construit une bonne partie de sa vie en le cherchant et moi je l’ai passée en essayant de l'oublier. Grâce à un article qui s’intitulait 'Utopia Versus Reality' In Brazil's Art Biennal publié le 9 décembre 1987 dans le New York Times, nous avons rencontré Louis Adams K.. Plus de 25 ans après.
 
Morceaux choisis de la vie glamoureuse de S. L. et ses coulisses singulières, à être publiés intégralement en 2006. Les similitudes avec des personnes connues ne sont pas fortuites. Tous les faits racontés sont vrais. Exceptés quelques noms, rien a été inventé et ce que a été retiré attend, dans le tiroir de S.L., le moment de voir la lumière. Blog créé le jour de la "Fête des Pères"(au Brésil) et dédié à tous les psychanalistes que la mére de l'auteur a réussi à rouler.

Ma photo
Nom : Sheila Leirner
Lieu : France

Sheila Leirner nasceu em Sao Paulo, vive e trabalha em Paris desde 1991. É crítica de arte, jornalista e curadora independente. É casada e tem dois filhos.................... Sheila Leirner was born in Sao Paulo, lives and works in Paris since 1991. She is an art critic, journalist and independent curator. She is married and has two children.

ARCHIVES
août 2005 / janvier 2006 /


Contrat Creative Commons
Les droits d'auteur
de Hot Memories
obéissent au contrat
Creative Commons
.

Hot Memories en portugais

Traduction du portugais (Brésil):
Sheila Leirner et Patrick Corneau














Powered by Blogger